Concours France Gall, les textes des gagnants

En juillet dernier, nous étions heureux de vous annoncer l’arrivée de l’intégralité du catalogue de France Gall et Michel Berger sur Spotify. Au total, c’est 27 albums qui ont fait leur apparition. A cette occasion, nous avons offert 5 coffrets intégrals dédicassés par France Gall, retrouvez ci-dessous les textes qui ont gagné notre concours.

Nicolas Céléguègne, Marseille
“Je devais avoir 15 ou 16 ans lorsque, je portais la célèbre main jaune “Touche pas à mon pote”, et que Goldman, Balavoine, Berger, Renaud étaient en quelque sorte mon quatuor de référence. Dans mon lycée, je passais quasiment pour un fou, ou un extraterrestre, quand j’affichais les informations de l’opération “Action Ecole” initiée par France Gall et Michel Berger.
Cet engagement auprès des plus démunis me touchait déjà énormément car je voyais à la télévision les images des premiers “Restos du Coeur” et de la famine en Ethiopie.

Tout une série d’albums sont parus à cette époque, qui voulaient promouvoir les valeurs de l’humanisme et le droit aux différences. Il y a eu “Non homologué” de Jean-Jacques Goldman, avec le duo “Je te donne”, “Sauver l’amour” de Balavoine, “Différences” de Berger, “La pêche à la ligne” de Renaud (avec “Morts les enfants” et “Fatigué”, notamment), mais aussi Téléphone avant Jean-Louis Aubert, Cabrel, Bashung, Chedid, Peyrac, Souchon, Voulzy… Je me souviens aussi que Berger, sur RMC, n’a pas pu terminer l’émission qu’il animait car la mort de Balavoine venait d’être annoncée lors d’un flash infos.
Ces artistes étaient en quelque sorte des “leaders positifs” pour moi et pour des centaines d’autres adolescents, ils nous disaient “allez-y, bougez-vous, créez des associations, agissez au quotidien…”

J’ai un souvenir précis de France Gall en 1988. Elle est l’invitée du 13h de TF1 ou A2, et présente son nouvel album. Le clip du 1er extrait est alors diffusé : on y voit les musiciens s’accorder et s’installer dans une sorte de parking souterrain, puis la photo d’un enfant africain tombe, et les premières mesures, cette rythmique extraordinaire, et ces trois syllabes qui commencent le refrain : “Babacar”…

Des chansons sont pleinement ancrées dans ma mémoire et me font vivre une émotion tout aussi intense à chaque fois : “Si maman si”, “Evidemment”, “Cézanne peint”, “Diego, libre dans sa tête”, qui sont très connues, mais également des chansons plus intimes : “Ce soir je ne dors pas”, “Chanson d’une terrienne”, “La chanson d’Azima”, “C’est bon que tu sois là”, “La petite de Calmette”, “Plus haut”, “La seule chose qui compte”… Je trouve que les derniers passages de France Gall à la télévision et ses derniers enregistrements sont toujours aussi empreints de cet humanisme. Sa voix a changé après la disparition de Berger, rendant certaines chansons encore plus émouvantes. Elle réalisait, voici quelques années, une émission en hommage à Berger (avec Louis Chedid, Alain Chamfort, Laurent Voulzy…) puis une autre à l’occasion des 30 ans de Starmania, avec une très belle interprétation d’Amel Bent entre autres. Plus récemment, Yann Arthus-Bertrand la retrouvait au Sénégal, pour parler de ce pays auquel elle est tellement attachée et où elle vit, à l’écart du show-biz et des paparazzis, et où elle poursuit son action humanitaire. Je n’ai bien entendu pas manqué son dernier passage à Europe 1, où elle a annoncé, avec sa voix toujours aussi douce et attachante, la production d’un spectacle en hommage à Berger.

France et Michel. Berger et Gall. L’alchimie d’un couple dans la vie comme sur scène. La rencontre extraordinaire entre deux êtres, qui fait évoluer l’un sans mettre l’autre dans l’ombre. Avec les joies et les moments difficiles qui transparaissent dans certaines chansons. Avec la vie qui doit continuer, coûte que coûte.”

Freddy Lhermine, Reims
“J’ai rencontré France Gall pour la première fois dans un supermarché.
A sept ans, un titre avait attiré mon attention à la radio. Je ne sais pas pourquoi cette chanson m’avait marqué plus que les autres à cette époque. On ne s’explique pas ces choses-là. Elles sont comme les pierres blanches du petit Poucet: elles montrent le chemin.
Je me souviens avoir demandé à ma mère qui était la fille qui chantait. Maman devait avoir une certaine tendresse pour elle car elle m’a fredonné des airs d’autres chansons que j’avais déjà du entendre lorsqu’elle passait des disques. Je vous parle d’une époque où la musique n’était pas présente partout comme aujourd’hui. Pour l’écouter, il fallait acheter des disques ou brancher la radio. Surtout, on choisissait le moment où on l’écoutait. Moi, je devais même demander l’autorisation. J’étais trop petit pour utiliser l’appareil tout seul…
C’est souvent le dimanche matin que maman passait ses airs préférés et pour moi c’était comme une fête! Je sélectionnais des titres avec mes sœurs et nous dansions en chantant à tué-tête pendant que maman préparait le déjeuner. Le reste de la semaine, la maison restait silencieuse et je lorgnais la platine disques du coin de l’oeil, attendant le dimanche suivant.

C’est donc pendant que mes parents font les courses que je me retrouve brusquement nez-à-nez avec la chanteuse. Regard fixe et volontaire, une moue déterminée, les cheveux au naturel, veste d’homme aux manches retroussées, les deux poings serrés sur fond rouge-oranger.
Je plonge mon regard d’enfant dans le sien, à moins que ce ne soit l’inverse, je ne sais plus.
Le temps s’arrête.
Hypnotisé, c’est comme si je l’entends me dire ce que ses yeux veulent me dirent! Je ne pourrais plus jamais vivre comme avant, je le sais.
Le temps reprend.
Je cours à toutes jambes retrouver la mère accrochée à son caddie au rayon charcuterie.

“-maman! Maman, viens voir!
-mais mon chéri qu’est-ce qui se passe?
-bonjour madame, qu’est-ce qu’il vous fallait?
-Maman!…
-arrête, c’est mon tour.
-Maman, maman….
-Mais enfin, Freddy!…
-Viens voir, maman…”

Je lui tire la jupe sans donner d’autre choix que celui de me suivre, laissant mon père, le caddie, la vendeuse et ses jambons.
Déterminé, je l’emmène dans le rayon où cette apparition à fait battre mon cœur. Je suis émus tant j’ai peur qu’elle ait disparu mais non, elle est toujours là.

“-regarde, maman: c’est la dame de la chanson.
-et tu m’as fait courir jusqu’ici rien que pour ça? Tu sais bien que je passe toujours dans ce rayon de toute façon…
-maman, s’il te plaît. On peut le prendre?
-Ça te ferait plaisir?
-OUI!
-bon, vas-y. Allez, ouest! On continue les courses ou ton père va râler!”

Un sourie édenté et rayonnant à du illuminer mon visage d’enfant. J’ai serré le disque très fort sur mon cœur jusqu’à la caisse, comme un trésor.
C’était le tout premier d’une longue, longue collection. Un vinyle avec deux titres, deux faces et une pochette avec une belle photo. Une époque où la musique pouvait aussi se sentir et se toucher!

Aujourd’hui les enfants de sept ans ne peuvent plus la tenir dans leurs mains…
“Prouve que tu existes” disaient la chanteuse et la chanson.
Je n’ai jamais cessé de le faire.”

Gael H.
“1987.
C’est un souvenir qu’on me raconte car il n’existe que dans la mémoire de mes parents.
J’avais alors un an et demi (on comprends mieux l’amnésie) et Babacar était au Top50.
Maman dit que je ne quittais pas du regard la télévision, Papa que j’avais le rythme en moi, que je chantais et dansais en rythme.
Ils se rendent compte alors qu’il va falloir faire quelque chose de tout ça… Pas fous du tout dès l’âge de trois ans ils vont m’inscrire à des cours préparatoire de percussions puis par la suite au conservatoire.

2001.
Maman me raconte cette anecdote alors je cherche ce «Babacar» que j’ai oublié.
Et là j’écoute, je ne me souviens de rien, mais ca me plait tout de suite beaucoup, tellement, comme une révélation. D’abord la batterie, parce que ça tape fort, bien, que c’est énergique. Ensuite cette basse qui s’encre là comme ça profondément dans le corps, la voix de France Gall qui vient, qui résonne toujours dans ma tête et la musique de Michel Berger, binaire mais tout à la fois balançant, dansante. C’est étrange comme je me reconnais tellement dans cette chanson! Alors je chante et danse en rythme, forcément! Et je me mets à taper fort mais bien, parce que depuis je suis devenu batteur, et je reproduis tout ça. Et le temps file alors et je découvre peu à peu toutes les choses belles et douces chansons que le couple a fait ensemble… Il y a tellement de sincérité, de l’honnêteté dans cette musique là.

2004.
Je joue du piano maintenant, en autodidacte. J’écris des chansons. Mes chansons.
Un titre inédit sort… «La seule chose qui compte». Je crois que c’est un de mes préférées maintenant, il date de 1987, de l’album «Babacar» lui aussi, titre écarté pour des raisons de minutage. Je découvre le «Tour de France 88» cette même année et cette version live qui restera ultime de «Babacar» toute parfaite, avec un groupe venu d’Afrique faire des percussions, Doudou N‘Dyaerose. D’où je viens c’est comme une évidence toutes ces percussions… et ce morceau qui s’accroche encore plus à ma vie! Et la seule chose qui compte alors est que je veux faire le même métier que France Gall. Je le sais depuis longtemps mais là… je le sais depuis toujours.

2012.
J’ai contempler de long en large la carrière de France et Michel, qui me sont devenus familier, et je ne me suis jamais ennuyé de rien. Tout est bon et limpide, tout est clair et précis. Il y a des choses tellement compliqués à dire qui sont chantées là avec tellement de simplicité et souvent de douceur. Babacar m’accompagne toujours, j’aurais adoré composer une chanson comme ça, vraiment. C’est un morceau qui a une puissance, parce qu’une histoire. Et depuis moi j’ai sorti un album! Et le 27 novembre prochain je sortirais un EP!
Je m’appelle Gael Hausmann et la chanson « Babacar » fait irrémédiablement partie d’un choix de la nature, de ma destinée car si mes parents n’avaient pas eu le déclic de mon Amour pour la musique sur cette chanson et bien peut-être qu’alors je n’aurais jamais pu autant me découvrir, me révéler, travailler ma batterie, mon piano, mes textes et ma voix! Que j’en sois là aujourd’hui, parce que « Babacar » c’est tellement incroyable! Il y a toujours France Gall quelque part où je suis, et des pensées sur la vie, des leçons sur ce qu’il faut vraiment vivre. Il y a ce cœur qui tape, qui cogne, dans mon corps et dans ma tête! Babacar… “

Nicolas Ricoud, Orléans
“J’ai 31 ans … et c’est au tout début de mon adolescence que j’ai découvert la musique de France Gall et Michel Berger. A l’époque, c’est sur une cassette audio que je passais en boucle, dans mon walkman, les chansons “Ella elle l’a” et “Evidemment”. Je devais avoir une dizaine d’année.

Ce fut un coup de foudre musical … dès la première écoute, la mélodie, les mots, le tempo … tout m’a touché … D’un côté le rythme de “Ella elle l’a” me faisait danser … de l’autre, la mélodie de “Evidemment” me donnait la chair de poule.

Rapidement, j’ai cherché à mieux connaitre ces deux artistes. Mes parents m’ont trouvé les disques vyniles et j’ai tout écouté … Les chansons de France Gall me parlaient, sa voix me faisait vibrer …

A cette époque, début des années 90, mes copains de classe n’écoutaient pas cette musique … cela ne m’a pas empêché de devenir un passionné, un fan … En 1992, lorsque j’ai appris la mort de Michel Berger, je n’ai pas réalisé tout de suite … C’est qu’après que j’ai compris quel artiste nous avions perdu … et que sans lui, France Gall ne pourrait plus chanter d’aussi belles chansons.

Je n’ai pu assisté qu’à un seul concert. C’était en novembre 1996, à Orléans. J’étais au premier rang. Pour la première fois de ma vie, du haut de mes 15 ans, je découvrais France Gall en vrai, en chair et en os. Quel bonheur … toute cette énergie qui se dégageait de la scène. Ce fut un moment intense … la concrétisation de la musique … c’est tellement fort de découvrir la musique en live !

Par la suite, les magazines, puis Internet, aidant, j’ai pu communiquer avec d’autres fans. Me rendre compte que de nombreux jeunes aimaient France, aimaient Michel. Que leur musique était intergénérationnelle. Qu’elle pouvait parler à beaucoup de monde.

Par la suite, j’ai créé un forum de discussion, puis un site Internet consacrée à France Gall. Aujourd’hui, ma passion n’a pas changé, je prends toujours du plaisir à réécouter ses chansons. Et à partager ma passion avec d’autres fans.

France, Michel, leur musique, fait partie de ma vie … et même si elle ne chante plus, elle reste plus que jamais présente dans mon coeur.”